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Agriculture urbaine en France : bientôt plus une utopie ?

L’agriculture urbaine et les fermes verticales intéressent de plus en plus, en témoigne le dernier Thema (ultra intéressant) sur Arte.

Qu’il s’agisse des institutions et politiques sensibles à l’écologie ou à la nouvelle économie, des entreprises désireuses de se lancer dans ce nouveau marché ou des habitants des villes souhaitant manger plus local et/ou moins cher, les fermes urbaines et autres dispositifs d’agriculture urbaine sont en train de se creuser une place de choix parmi les orientations de la fameuse « ville intelligente » de demain.

En France, la majorité des initiatives relèvent encore de projets de petite taille, plus dotés de bonne volonté et d’idéaux à l’échelle d’un quartier, que de dispositifs technologiquement et financièrement solides et adaptés à plusieurs centaines de milliers d’habitants.

Si on jette un œil chez nos voisins européens (comme d’habitude : Allemagne, Danemark et Hollande) ou du côté du Canada et de l’Asie, on remarquera une belle longueur d’avance mais surtout, de jolis progrès face aux limites actuelles de l’agriculture urbaine telle qu’on la conçoit.

Du potager urbain à la ferme verticale

Les premières initiatives qui ont fleuri un peu partout dans le monde ces dernières années consistent à utiliser l’espace urbain disponible pour y installer des potagers « classiques » sur le modèle de l’agriculture en milieu rural. Par « classique » on entend de manière horizontale, avec de la terre, comme dans les champs ou dans les serres. On a d’abord vu des jardins partagés et des potagers s’installer sur les toits, dans les terrains vagues ou dans des endroits insolites (ronds-points, terre-plein centraux, jardins publiques). On s’est rapidement aperçu que ces installations peuvent certes apporter un peu de verdure et quelques fruits et légumes aux personnes qui les cultivent ou qui adhèrent aux associations dont elles dépendent (comme Incroyables Comestibles) mais qu’un rendement à l’échelle d’un arrondissement ou d’une petite ville était bien compliqué. Les serres sur les toits ont ensuite été perçues comme une solution plus vaste et productive. Cependant, une serre classique est beaucoup trop lourde et gourmande en terre et en eau et donc impossible à installer sur la plupart des toits.

Une ferme publique dans le Queens

Une ferme publique dans le Queens

L’idée d’une ferme verticale, sorte de serre à étages, est alors née dans l’esprit de plusieurs designers et architectes (Andrew Kranis, Gordon Graff…) mais également dans celui du microbiologiste et écologue Dickson Despommier. Depuis 1999, ce fervent défenseur de l’agriculture verticale a largement participé à la médiatisation du concept de ferme verticale (ou farmscraper pour les anglo-saxons) tel qu’on l’entend aujourd’hui. A l ‘époque, il estimait « qu’une ferme verticale occupant la place d’un îlot urbain, et haute de 30 étages pourrait alimenter 10 000 personnes. Des fermes verticales d’au moins 200 mètres (pour 30 à 40 étages) seraient techniquement plausibles. Elles viseraient un rendement 4 à 5 fois supérieur au rendement moyen de l’agriculture actuelle ».

vertical farming

Ce concept a été rapidement perçu comme une solution complémentaire à l’agriculture traditionnelle, voir même complète, pour les villes-états comme Hong Kong, Shanghai ou Singapour, dépendantes à quasiment 100% de l’agriculture des pays voisins. De manière plus générale, les grandes villes asiatiques sont les plus préoccupées par les fermes verticales qui s’avèrent être un des seuls moyens agricoles fiables pour gérer leurs explosions démographiques actuelles.

In hydroponie & led we trust !

Le problème rapidement compris par les porteurs de projets de fermes verticales a été celui de la terre et de la lumière. En effet, une agriculture traditionnelle dans un immeuble serait bien trop lourde à cause de la terre qu’elle nécessite, et trop gourmande en eau. Les fermes verticales ont également été confrontées au problème des ressources en électricité. Les plants étant enfermés dans des étages sans lumière directe du soleil, imaginez le nombre d’ampoules UV qu’il faudrait utiliser… L’utopie verte deviendrait rapidement une usine à watts et à mètres cube !

Skygreens - Singapour

Skygreens – Singapour

Depuis, les avancées majeures de l’hydroponie ont complètement changé la donne. Il est désormais possible de cultiver de nombreux fruits et légumes sans un gramme de terre et avec seulement 10 à 15% de l’eau nécessaire dans l’agriculture traditionnelle. Plusieurs entreprises telle que Verticrop, se sont lancées dans l’hydroponie et la culture rotative verticale et équipent déjà plusieurs projets un peu partout dans le monde, comme Skygreens à Singapour.

Côté électricité, on assiste également à d’énormes progrès concernant les leds et notamment grâce à Philips qui a fait de l’agriculture urbaine son cheval de bataille (et certainement une de ses orientations stratégiques en terme de marché potentiel). De nombreuses fermes et serres, en prototype taille réelle ou déjà fonctionnelles, utilisent cette technologie. C’est le cas dans les fermes Lufa au Canada, du côté de Aerofarms à Columbia, chez Caliber Biotherapeutics au Texas, dans les Green Sense Farms à IndianaPolis ou encore chez PlantLab en Hollande.

 

Caliber Therapeutics

Caliber Therapeutics

ComCrop - Singapour

Et chez nous ?

Les avancées technologiques, notamment celles concernant la gestion de la lumière artificielle sont porteuses d’espoir pour l’avenir de l’agriculture urbaine. Il est désormais envisageable de pouvoir consommer des tomates, des laitues, mais également des bananes et des framboises cultivées en pleine ville, même au mois de janvier à Paris ou Berlin.

Ces progrès permettent également de pouvoir gérer un grand nombre d’espèces végétales sans l’utilisation d’herbicide et de pesticide.

Autre considération non négligeable : les espèces cultivées sont sélectionnées non pas pour leur capacité à survivre à des centaines de kilomètres en avion ou en camion, mais pour leur goût et leur qualité.

La question de l’éthique sera forcément la prochaine : est-il normal de pouvoir contrôler les saisons et la nature à ce point ? Si cela permet d’utiliser moins de kérosène et de produits chimiques, de manger plus local et naturel, on dit pourquoi pas !

Crédits photo de couverture : Vincent Callebaut

6 Commentaires
  • Simon L.
    Publié à 12:31h, 22 janvier Répondre

    Super article 🙂
    Je cherchait des infos ou le replay du Théma dont tu parles, mais je ne trouves rien sur le site d’ARTE 🙁
    Tu aurais d’autres infos sur cette émission qui puisse permettre de mettre la main dessus ?
    Merci !

  • laura b
    Publié à 13:30h, 01 février Répondre

    Bonjour , j’ai trouvé ton article super intéressant, je cherche le documentaire d’arte mais il n’est plus en replay sur le site. Le lien que tu as donné ci dessus nous amène sur la bande annonce, pourrais tu m’indiquer un moyen de le voir en entier ? Merci d’avance

    • Quentin Caillot
      Publié à 12:29h, 04 février Répondre

      Malheureusement on ne peut pas le retrouver je crois 🙁

  • Guillaume Verdegay
    Publié à 18:44h, 04 février Répondre

    Bonjour Quentin,

    Bon résumé des reportages THEMA d’ARTE. Je crois beaucoup à l’agriculture urbaine, les exemples qu’ils ont présentés de serres de tailles moyennes en milieux urbains semblent être un bon compromis. Pour les fermes verticales, ce sont de beaux projets qui sont un peu effrayants en même temps. Je découvre ton blog et j’en suis ravi.

  • Olivier
    Publié à 10:36h, 24 décembre Répondre

    Ces dispositifs de culture hors sols sont intéressants mais pas miraculeux. Quand vous achetez une tomate un peu farineuse et insipide en plein hiver, il y a de grande chance qu’elle provienne d’une exploitation hors sol des pays bas. Les tomates sont plantées dans de la laine de roche et arrosées avec une solution nutritive. La chimie est très présente dans ce genre d’exploitation à cause de la promiscuité et de la course au rendement. On est loin des légumes bio et goûteux que l’on peu produire avec le savoir faire d’un bon maraîcher.
    C’est cependant une piste qu’il faut exploiter pour des raisons pratiques.
    Je ne désespère pas qu’un jour ces potagers urbains puissent devenir 100% bio grace à la technologie et au savoir faire des agriculteurs.
    Entre-temps, il faudra que la classe politique reprenne le pouvoir et soit capable de lutter contre les lobbyistes des semenciers et des fabricants de produit phytosanitaire. Pour l’instant, nombre de loi et règlements vont à l’encontre du bien commun au niveau français et européen comme les 0,9% d’OGM autorisé dans les produits bio.
    Visitez le site de kokopelli pour plus d’info sur ces règlements absurdes.

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