André, l’atout cœur de dame Pic

Posté à Valence, le long de la mythique nationale 7, à quelques kilomètres seulement de l’autoroute, le dernier restaurant d’Anne-Sophie Pic, mérite le voyage à lui tout seul, tant ce concept historico-gourmand joue les finauds.

Planté pile en face de la table gastronomique, André, se savourera d’autant plus si la halte s’opère sur la route des vacances. Offrant comme alternative aux interminables bouchons une faille spatio-temporelle bloquée sur les années 30.

André, c’est le grand-père de la Drômoise – seule femme chef triplement étoilée en France.
Prenant la suite de sa mère, Sophie, André décroche trois étoiles Michelin dès 1934. Jacques, son fils, lui succède 20 ans plus tard. Il reconquiert les étoiles perdues et ajoute quelques plats mémorables au panthéon des recettes familiales emblématiques.
A son décès, en 1992, Anne-Sophie (re)trouve le chemin des cuisines. Et, se fait à son tour un prénom au sein des saints-macaronnés.

ANDRE ANNE SOPHIE PIC

Revival en quatre générations

Mais, le temps passant, il devient de plus en plus difficile de faire cohabiter sur la carte les berlingots au crémeux de chèvre et l’huitre tarbouriech façon Irish coffee d’Anne-Sophie avec les trésors d’antan. Fussent-ils l’assiette de poisson Arlequin ou le chausson aux truffes. La réponse d’Anne-Sophie et de son mari, David ? Scinder les cartes, les établissements et les genres. Et créer une adresse bis qui puise généreusement dans l’histoire culinaire des Pic tout en restant dans l’air du temps.

Confiée à Caroline Lory, qui avait déjà travaillé sur la Dame de Pic, à Paris, la scénographie louvoie subtilement avec les 30’s. Elle plante un décor élégamment show où l’on retrouve laiton, banquettes en cuir, miroirs, photos de famille et alcôves intimistes. Le plafond, en bois, se pare de vagues en strates. La cuisine fait face à un bar grand format (15 mètres) où l’on s’attable pour apprécier le spectacle de la brigade. Dans un coin, trône le fauteuil de cuir dans lequel André prenait place pour contrôler son monde. Dans les toilettes, enfin, défilent quelques belles signatures extraites du livre d’or.

ANDRE ANNE SOPHIE PIC

Souvenirs de palais

Le tout donne le ton d’une cuisine ultra sexy qui joue le devoir de mémoire avec intelligence. André raconte en effet par le menu l’histoire de ses plats. Il y a la croque n’fresh salade de pêcheurs, homard, mayonnaise de couleur, céleri rémoulade de Jacques Pic, « qui composait ses assiettes comme des tableaux ». Et le très proustien gratin de queues d’écrevisses d’André à la façon de sa mère. Ou le poulet à la diable très canaillou qu’adorait d’André. Ajoutez le pigeon de la Drôme en croûte de noix, parmi les premiers plats d’Anne-Sophie. Puis l’aérien soufflé glacé à l’orange et au grand-marnier, aussi fugace en texture que prégnant en goût. C’est malin, très fin, bien vu et familial comme on l’entendait jadis, lorsqu’on s’endimanchait pour aller au restaurant.

ANDRE ANNE SOPHIE PIC

Les prix sont à l’unisson, autrement dit sortis de l’ordinaire. S’il existe une formule à 14,50 € et un menu de famille à 32 €, les viandes à la carte démarrent à 25 €. Les plats-signature flirtent avec les 50 €. Le prix du mythe. Mais ça les vaut.


285, avenue Victor-Hugo à Valence. Tél. : 04 75 44 15 32. www.anne-sophie-pic.com

2 Commentaires
  • QUESSU
    Publié à 18:01h, 25 juillet Répondre

    Ce lieu a tout simplement l’air magique. Lyonnais pur beurre, je vais m’y précipiter. Le décor me parait sublime. Merci et bravo pour l’adresse.
    Jean-Yves

  • Yadusoleil
    Publié à 18:18h, 25 juillet Répondre

    Mama mia!
    Quel décor magnifique very 20’s!
    L’audace du designer est une réussite.
    Pour l’assiette, j’y vais et vous raconterai.

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