Food Sweet Food est un projet de social dining ambitieux et sûrement le plus beau que j’ai eu l’occasion de découvrir depuis que j’écris ici. Ce projet porté par Louis et Marine, deux jeunes passionnés de voyages et de découvertes, consiste à littéralement « faire le tout du monde du repas chez l’habitant ».

560 repas chez l’habitant, 10 pays et 46 500 km parcourus

Partis depuis mars 2013, les deux compères sont allés expérimenter le principe du Food Surfing (ou Couch Dining, comme vous voulez) à l’aide de partenaires et de sponsors qu’ils ont eux même démarché. 560 repas chez l’habitant à travers 10 pays et 46 500 kilomètres parcourus…

La raison de leur départ ? La nostalgie des souvenirs de voyages et des traditions partagées à travers différentes cultures. La cuisine étant l’élément indispensable pour réunir et fédérer des personnes venant de tous les horizons: elle incarne le lien social qui structure les sociétés. La dimension de partage y est bien présente et le projet Food Sweet Food reflète à merveille cette connexion entre les pays et les pratiques culinaires qui s’y associent.

Afin de mener ma petite enquête à son terme, j’ai demandé à Marine et à Louis une petite interview à distance. Ils ont chaleureusement accepté de m’accorder quelques instants, étant actuellement au Brésil en train de déguster les meilleurs plats traditionnels et de danser la samba sur la plage (enfin j’imagine).

L’interview

Racontez-moi votre parcours et comment vos chemins se sont croisés…
 Nous nous sommes rencontrés au lycée, et avons pas mal voyagé ensemble depuis ! Louis, après avoir passé une bonne partie de son enfance en Inde et en Arabie Saoudite, a fait une école de commerce à Paris, et Marine une école de communication, puis un master spécialisé en management des biens et des activités culturels. Son mémoire de fin d’études traitait justement des liens existants entre la cuisine, la culture et l’identité.
Cuisiniers amateurs passionnés de voyages et surtout très gourmands, nous avions ce rêve de partir faire un tour du monde culinaire, et à la fin de nos études, nous l’avons simplement fait ! Nous partagions la même envie, qui s’est concrétisée dans de ce projet de tour du monde du repas chez l’habitant – celle de transmettre une autre idée du voyage : découvrir un pays et une culture au travers de sa cuisine, au contact direct des population locales.

Pêche rizières ©Food Sweet Food
Pêche rizières ©Food Sweet Food

Comment avez-vous établi votre feuille de route ? Combien de temps cela vous a pris pour préparer ce voyage culinaire ?
Premièrement, nous voulions découvrir des pays qui présentent une forte culture culinaire et un patrimoine gastronomique important. L’Inde, la Chine, le Liban, la Thaïlande, le Japon étaient alors incontournables ! Puis notre choix s’est fait en fonction de nos attirances propres et des pays dans lesquels nous avions des connaissances, comme au Népal, où nous sommes retournés dans le village où Louis avait effectué une mission solidaire trois ans auparavant.
Mais compte tenu du cœur de notre projet, qui est la cuisine populaire et quotidienne, et non la grande gastronomie, tout pays avait bien sûr sa place sur notre route ! Il a bien fallu faire des choix, et nous tenions à passer au minimum 3 semaines par pays, ce qui a réduit nos choix à 10 pays.
Lorsque nous sommes partis, cela faisait un an que nous avions pris la décision de réaliser ce projet. Lors des neufs premiers mois, nous y avons consacré tout notre temps libre puis nous nous y sommes mis à plein temps jusqu’au départ, pendant 2 mois et demi. Il a fallu préparer nos étapes mais surtout trouver des partenaires, des financements, et nous former au montage vidéo, apprendre à faire site internet… L’aventure a en fait démarré bien avant le départ dans l’avion !

Auriez vous une anecdote à raconter sur l’un de vos séjours gourmands ?
On pourrait vous en raconter des dizaines…
En Thaïlande, nous avons passé plusieurs jours dans une communauté Karen, dans l’extrême nord du pays. Nous étions accueilli dans la famille de Jacky, rencontrés quelques jours plus tôt. Là, la cuisine est assez simple (loin de ce qu’on imagine souvent de la cuisine thaïlandaise) et on fait ses courses… dans la jungle. Armés de lance-pierres et d’une simple bouteille de plastique vide, nous sommes partis dès notre arrivée en plein cœur de la jungle pour aller chasser le repas du soir.L’idée est simple, attraper tout ce que l’on trouve : des araignées, des criquets, des serpents, des anguilles de rizières attrapés à la main avec une dextérité impressionnante. Aussi des grenouilles, des poissons de rizières et autres insectes que nous ne connaissions même pas. On a donc appris à chasser littéralement, et toutes nos récoltes finissaient dans la bouteille qui grouillait sous nos mains au retour en fin d’après-midi.
Les grenouilles ont simplement été grillées au barbecue, sans être vidées, les insectes cuits à l’eau avec des herbes et des petits oignons, et les anguilles cuites à la vapeur dans une feuille de bananier.
Et on doit dire… qu’à part les grenouilles que nous avons vraiment, vraiment eu du mal à apprécier, et même du mal à manger, le reste était plutôt bon ! Accompagné de riz blanc (surtout arrosé d’alcool de riz !), le repas passé en famille, tous assis en cercle dans la cuisine a été un moment merveilleux, que nous ne sommes pas prêts d’oublier. Vous voulez la recette ?

Dégsutation grenouilles ©Food Sweet Food
Dégustation de grenouilles ©Food Sweet Food
Louis et le criquet ©Food Sweet Food
Louis et le criquet ©Food Sweet Food

Pensez vous que la nourriture et les différentes habitudes alimentaires selon les cultures peuvent être un moyen de rassembler les gens ? Malgré les différences de goût et rites ?
Bien sûr ! Et c’est à vrai dire cette idée qui a guidé notre aventure.
Tous les hommes et les femmes de la terre ont besoin de manger, c’est le seul bien et lien culturel vital. Et c’est donc par essence un point de rencontre entre les hommes. L’acte de commensalité (le fait de manger ensemble) est commun à toutes les cultures et civilisations du monde, de même que moment du repas est l’un des moments qui structurent le plus les liens sociaux et le quotidien.
De plus, de nombreux rituels sont associés à la cuisine et au repas. Rien qu’en France, où le repas est extrêmement codifié : la manière de se tenir, l’usage des couverts, le fait d‘attendre que tout le monde soit servi pour commencer à manger… Ces rites et habitudes nous révèlent des choses sur l’histoire, le passé et la culture d’un pays.
La cuisine a aussi véritablement été un prétexte pour nous pour aller à la rencontre des locaux et créer un point de rencontre fort. Car en cuisinant et mangeant avec eux, nous sommes entrés dans les cuisines, les familles, le quotidien, et donc l’intimité des gens que nous avons rencontré. Et parfois dans des pays où il est culturellement difficile d’inviter des gens chez soi comme le Japon où la pudeur et la notion d’intimité sont très forts.

Préparation anguilles © Food Sweet Food
Préparation des anguilles © Food Sweet Food

Peut être avez-vous pensé à une future autre aventure ?
Notre aventure n’est pas finie ! Nous travaillons actuellement sur une diffusion télévisée de nos documentaires… et sur un livre rassemblant les recettes découvertes et nos rencontres autour du monde. Et puis, on se laisse aller à rêver d’une saison 2, qui sait ?

 

Vous l’aurez compris, Food Sweet Food est un projet à taille humaine et à grandeur universelle. Les deux amis sont maintenant rentrés de leur incroyable voyage et mettront rapidement en place  un web documentaire interactif, 10 documentaires (de 52 minutes par pays) et un livre de 180 recettes issues des quatre coins du monde…. On a hâte de découvrir toutes leurs aventures gourmandes !

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