Kebab haut de gamme… Vous y croyez ? Pour ma part, j’ai beaucoup mais alors beaucoup de mal à me faire à cette nouvelle « tendance ».

Détourner des produits « bruts »de manière un peu plus esthétique je suis d’accord, mais réinventer un concept, une sorte de « way of life » pour certains, je trouve ça limite…

Me connaissant, vous devriez savoir que j’adore manger de tout, mais surtout des choses sucrées et assez « riches »… Alors hamburgers, hots dogs et toutes sortes de produits issus de la street food attirent mon intérêt. De nombreux établissements ont ouvert ces dernières années pour faire du burger, du hot dog et même du fish and chips ultra quali. Pour ça, je ne suis pas contre, car jusqu’ici les codes de ces produits ont été respectés, voire améliorés… Même si certains utilisent un peu trop cette notion de « meilleur qualité du meilleur produit » et se permettent donc de vos faire payer votre burger à un prix frisant l’insolence. Oui, l’insolence. Mais passons.

Il y a quelques semaines, je suis tombée sur certains articles concernant la « tendance » du kebab de luxe qui m’ont bien fait rire car je pensais exactement la même chose de cette nouvelle lubie : le kebab de luxe n’a selon moi pas de sens à proprement parler. Ne serait-ce que dans la formulation : le mot « kebab » et « luxe » sont contradictoires.
Pour moi, le bon, le vrai kebab est celui que l’on chope à 5 ou 6 euros avec frites et boissons, un lieu où les effluves de viande tournant sur sa broche vous font saliver. Oui, je suis adepte de ces bons vieux kebabs, loin des images arrêtées du grec un peu suspect dont on soupçonne la viande d’être du chat, du chien ou du raton laveur (même si certains établissements sombres et lugubres peuvent prêter à confusion, je suis bien d’accord).
Dernière notion qui a son importance : le vrai kebab c’est celui qui vous cale pendant deux jours après que vous l’ayez mangé  sans pour autant être malade après…

le kebab

Bref, pour moi le kebab, ou grec, est une véritable institution que l’on ne doit pas « haut-de-gammiser ». Un grec représente le point de ralliement d’une bande de pote pour se mater le dernier match, ou le lieu crucial de la méga faim en fin de soirée. Il représente aussi le bon vieux « salade, tomates, oignons » que je prenais lorsque  j’avais une pause entre deux cours, et qui m’aidait miraculeusement à m’endormir pendant le premier cours de l’après-midi.

Alors oui, la viande n’est pas hyper premium et les frites ne sont pas maison, mais c’est ce qui fait son charme, c’est ce qui fait sa notoriété et ce petit plus que les autres n’ont pas. Alors quand je vois que cette tendance grec s’exporte au Paris bobo et propose un kebab façon « luxe » comprenant un grec qui tient largement dans une seule de mes mains, des frites maisons certes excellentes et une boisson pour une modique somme comprise entre 10 et 15 euros… là je m’étouffe.
Savoir détourner un produit existant pour le rendre un peu plus haut de gamme et différent en goût soit. Doubler, voire tripler le prix de base pour en manger moins: non.

Sur Geek and Food on tente d’identifier et décrypter les tendances culinaires et nous sommes friands de nouvelles actualités. Mais on essaie néanmoins de prendre un peu de recul sur ces dernières… Raison pour laquelle, j’ai décidé de mettre le holà à cet enthousiasme  de kebab de luxe qui semble vouloir s’imposer comme une révolution sur la planète food. Je pense davantage que c’est une bobo-isation d’un concept « de rue » connu depuis bien des années et bien ancré dans des populations qui n’ont pas attendue cette déferlante pour s’y mettre. Mais ne nous arrêtons pas à cela et modérons ces paroles quelques peu acidulées.

Récemment, alors que je me confortais dans l’idée qu’un kebab n’a pas forcément besoin d’avoir le meilleur du meilleur pour être très bon, j’ai (re) découvert l’enseigne Our Kebab. Créé par Damien il y a quelques années, Our Kebab ne propose pas un « kebab de luxe » mais, davantage un « kebab chic ». Dans la formulation, vous me direz que c’est un peu la même chose alors qu’en fait pas du tout.

Kebab veau crevette
Kebab veau crevette

Pour Damien, Our Kebab représente la gastronomie méditerranéenne et les saveurs orientales, le tout chapeauté par un Chef cuisinier et une diététicienne. Oui, car chez Our, les kebabs ont l’avantage d’être bons, copieux et sains.
Les prix sont raisonnables (comptez environ 8 euros pour une formule kebab-frites-boisson), le lieu est cosy et l’accueil est très sympathique. Rajoutez à cela une multitude choix et trois viandes différentes à choisir selon le type de kebab demandé (boeuf, agneau ou volaille) et vous serez copieusement comblé.

Our Kebab

OUR kebab a même son propre food truck qui se balade dans la capitale.

Food Truck Our Kebab
Food Truck Our Kebab

En bref, une adresse qui respecte les codes du kébab ancestral sans pour autant le dénaturer. D’ailleurs, le nom de l’enseigne OUR fait référence à la vielle UR qui fut la capitale de la Mésopotamie ou le kebab fut inventé il y a de cela 5000 ans.

 

Informations pratiques
OUR Kébab
41, rue de Londres, 75008 Paris
Site internet

6 Commentaires

  1. C’est toujours compliquer de juger un retournement de situation.
    Si on analyse le phénomène simplement, les chefs se réapproprient les codes de la street, point. Comme une volonté de briser les frontières entre cuisine de rue et gastronomie.
    Je pense à Senderens au Lucas Carton qui rend ses étoiles Michelin parce qu’il rêvait de cuisiner de la sardine et du maquereau, chose impossible dans un 3 étoiles.

    C’est la même chose aujourd’hui. Les chefs de bistrot(nomie) veulent mettre de la qualité et leur savoir faire dans une cuisine souvent négligée.
    Rien de bobo, de mode mais une tendance profonde de requalification et de « relocalisation » du périmètre d’intervention des « chefs ». Du coup, il n’est plus étonnant de trouver ces mêmes plats dans les restos, chose impensable auparavant.

    Ce qui est difficile, c’est de changer de « lunette », habitués que nous sommes aux catégories, aux séparations: un kebab c’est cheap, un burger, c’est ceci, une crêpe c’est cela, etc….
    Et si tout cela explosait et n’avait plus de sens pour laisser place à une offre variée et pléthorique sur un même produit mais traité différemment? Ainsi, chaque chef peut interpréter voire créer sa propre recette.

    La conséquence, en effet, c’est l’élargissement du range de prix. Mais est-ce véritablement un problème? Chacun fait en fonction de ses moyens et de ses envies. Pas de souci. Si on refuse de payer cher, eh bien, on y va pas et puis c’est tout.
    Il faut casser cette image de la street = économique. Si on se réfère à l’histoire culinaire, la cuisine de rue a été avant tout chère et chic, du moins en France, et réservée à une élite, avant de se faire doubler par l’arrivée des restaurants.

    Our correspond donc à une voie moyenne, entre cheap et gourmand. Le mot chic, en effet, est antithétique et nuit au propos.

    • Merci de votre commentaire qui étaye un peu cette synthèse. Vos propos sont bien fondés, cela dit l’article ne reflète que ma pensée personnelle. Certains seront d’accord, d’autres non mais loin de moi l’idée de créer une polémique. Il faut juste parfois dire tout haut ce que l’on pense tout bas.
      Chacun possède sa propre vision des tendances culinaires qui nous entourent.

      Et effectivement, je ne me rends dans des établissements proposant de très bons produits certes, mais dont le prix reste beaucoup trop élevé pour un produit de base très abordable.

      Voici ma vision 🙂

  2. Le kebab a été largement massacré et la viande recomposée en provenance d’Allemagne ne mérite tout simplement pas sa place dans un sandwich.

    On ne peut que saluer les efforts pour offrir des kebabs et des snacks bien conçus et aux produits de qualité, ET à prix correct comme le souligne Mariam. J’y ferais bien un tour dans ce OUR.

    Pas tout à fait convaincu néanmoins. Lorsque les diététiciens se mettent à faire des kebabs, il y a de quoi s’inquiéter pour l’avenir de la cuisine populaire. On est déjà là dans une démarche marketing trop appuyée et une cuisine un peu trop proprette à mon goût.

    Et pour celui qui a commis le kebab aux crevettes, c’est deux semaines sans sorties.

    Bisous

  3. Vraiment sympas l’article. 🙂
    Je pense que la notion de prix dans la street food est très importante. Ça s’analyse, faut être malin, 8€ chez our kebab est un bon compromis et un maximum… 2€ de plus, ça va. Si ça passe à 10€, ça commence à me faire mal. 15€, je j’me tire une balle!!! ou alors il faut vraiment que ce kebab me procure un orgasme. Et encore, je préfère être fidèle à mon bon falafel (kebab aussi) rue des rosiers avec les 5€ qui traînent dans ma poche.
    ++ les geeks

  4. Entièrement d’accord avec l’article, mais je pense que plus généralement c’est dans l’air du temps de se reapproprier les « codes » des milieux populaires (ça ne touche pas que la gastronomie) et de les « haut de gammiser », bref la boboisation où on va plus consommer le kebab de luxe pour dire qu’on a été dans un lieu branché que pour le kebab lui même et tout « l’esprit kebab qu’il y a avec »

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